Bienvenue !


Bonjour à tous !
Voici donc ci-dessous les quatre textes ayant remporté le concours d'écriture organisé par Cocomoteuse, l'administrateur du forum non-officiel de Babet, ainsi que les textes d'autres participants qui ont bien voulu rendre leur création publique.
En espérant que vous prendrez plaisir à les lire autant qu'on en a pris ! ;-)

Dédicace pour Hazel

"Voilà une bien jolie allégorie de la vie ! Merci Hazel !"


Dédicace pour Moleisland

"Merci Moleisland pour ce beau chagrin d'amour !"



Dédicace pour Yoanne

"Merci Yoanne pour cette très jolie triste fin de 'la jeune fille de l'océan'"


N°1 ex-aequo : L'histoire de Moleisland

Sur les quais, solitaire, je longe les coques lisses des paquebots en ruine, qui rouillent dans les écumes insalubres du port. Leurs ombres s’étendent sur moi, enveloppent mon corps frêle, mon coeur fragile, comblent le vide d’un amour emporté à Merzouga. Je frissonne, mais pas de froid. Je ne veux pas pleurer. Je suis forte. Je presse le pas. Cling Clong. Mes talons heurtent la chaussée et le chant funèbre des bateaux agonisants accompagne ma traversée. Le bruit glaçant de mes pas, l’écho du bateau qui s’en va, résonnent dans les tréfonds de mon âme. Une goutte tombe. C’est une larme que je n’ai pas retenue. Je pleure. Je suis faible, je suis femme. Toi, tu étais fort. Tu es homme. C’est pourquoi tu es parti, c’est pourquoi je t’ai laissé t’en aller...

Il y avait tes silences parmi les cris du débarcadère. Le vacarme d’hommes et de femmes embarquant vers un futur éloigné, appuyés sur les bastingages vomissant leur amour, jetant des « Ami reviens me voir un jour», « A bientôt », « Je t’aime, mère » ou « Au revoir, mon oncle ». Je revois le baiser que les amoureux se sont échangés près de nous. Toi, tu ne disais rien, tu ne me regardais pas. L’air léger salé par l’eau de mer balayait tes cheveux noirs, mais tes yeux taciturnes ne me regardaient déjà plus. Moi, j’attendais imbécile. J’espérais ton regard, attendais tes paroles. Puis, tu as fini ta cigarette. Regarde-moi, mon amour ! Tu as écrasé le mégot. Dis-moi quelque chose, je t’en supplie ! Tu as saisi ton sac en toile et grimpé le pont de singe sans un seul mot d’adieu. Je voulais crier mais, je n’avais plus la force. Dans la foule, tu es devenu un inconnu, le voyageur quelconque s’abandonnant aux mains d’un puissant navire à la conquête d’un nouveau destin. Sur les docks, tu me laissais seule...

Je m’étais promise de ne pas craquer. Quand le In My Shoes Boat a appareillé, j’ai tenu. Maintenant, je craque. C’est de ma faute. Je n’aurais pas du y penser. A quoi bon faire saigner à flot une plaie qui n’a pas cicatrisé ? La blessure me fait si mal. Je m’arrête soudainement face au vent qui emporte les nuages ; face à l’océan, auteur de si nombreux naufrages. Les bateaux morts qui m’entourent, grincent métalliquement. Et moi, mélancolique, je pense encore à toi...

Ô bel ami, bel amour, bel amant ! Que je t’aime comme je te hais, toi le marin ! A chaque départ, je détestais tes envies d’évasion, cet appel du grand large que jamais je ne comprenais. Je le sais, je suis jalouse. Si j’avais eu le courage, vous auriez été victimes de mon crime passionnel. Ma folie vous aurait poignardés toi et ta mer amante insaisissable et muable. Ceci jusqu’à vos deux morts tant tu la préférais à moi. Moi, l’arbre coeur, fidèle et solidement enracinée sur cette terre, comptant les jours qui me séparaient de toi. Combien de fois ai-je remeublé la chambre des toujours, en attendant patiemment le jour où tu m’y rejoindrais? Je la décorais de milles étrangetés pour occuper tes absences. Toi, pendant ce temps, tu écumais les bars, Body Club et autres clubs ; dansais sur les quelques notes d’un piano éléphant, saxo gorille ou divers instruments manufacturés uniquement dans ces lointaines contrées. Là-bas, je t’imaginais aguicher Cocomoto, la sulfureuse prostituée du coin, caresser ses seins exotiques, lui faire l’amour entre les draps d’un motel minable, dans sueur et la chaleur des nuits tropicales. Je t’inventais une femme dans chaque port. Cette pensée me rendait malade à ne plus vouloir manger, à ne plus réussir à dormir. Le manque de toi s’altérait en de violentes crises. Mais, tu ne soupçonnais jamais rien lorsque tu revenais. Je ne te demandais rien, tu ne me racontais rien. J’étais simplement heureuse de te retrouver. Et finalement, tu t’es lassé de me revoir. Tu t’en es allé. Nous ne nous reverrons plus...

A présent je fais le vide. C’est quand déjà, que je ne me suis pas retrouvée droite devant ma redoutable adversaire ; que je n’ai plus observé l’horizon pour voir revenir mon tendre amour ? Voilà un an qu’Andy est parti, une année de survie. L’acier de mon coeur s’est érodé jusqu’à pourrir pareil aux carcasses des navires en sursis. Comme eux, la mer m’a détruite. Comme eux par le fond, je veux être réduite. Je surplombe le vide. Je n’ai qu’un pas à faire vers cette mort si tardive. Je suis forte. Je n’hésite pas un instant. Je pars.


Mon commentaire : original de la part de M. Moleisland de faire "je" un personnage féminin, le "piano éléphant" qui semblait moins évident est fort bien amené. Les intervalles entre les titres ne sont ni trop courts ni trop longs. Une histoire forte, avec une fin tragique.

N°1 ex-aequo "La jeune fille de l'océan", l'histoire de Yoanne

Je me souviendrai toujours de ces soirées de mon enfance, ou mon père écoutait passionnément son frère, vieux bourlingueur aux mille histoires vécues. Je revois mon oncle, rieur, se faire prier alors que papa lui disait avec insistance : « Dis-moi ! ». Mais ce soir là, l’histoire ne prêtait pas à rire...

C’était une jolie soirée d’été. Le soleil retournant vers l’horizon donnait de splendides teintes orangées à sa peau habituellement de nacre. La brise faisait voler légèrement sa belle robe légère, qui lui donnait un air sage et romantique.

Elle marchait lentement, marquant un sourire malicieux et gêné quand elle croisait les amoureux le long du quai. Malicieux et rêveur…

Une corne de brume la surprit dans sa rêverie ; un bateau rentrant tout juste au port. Elancé comme un albatros, le Cocomoto ramenait ses voiles blanches après une longue journée sur les flots qui dansaient encore timidement.

Au début de la jetée, elle s’arrêta, le visage fermé, devant le rade défraîchi qui faisait face au port. Le Body Club, comme était peint un peu hasardeusement sur l’enseigne, n’était pas le café le plus accueillant de la côte, et pourtant elle s’y sentait plus en paix que partout ailleurs sur Terre. Dedans, le brouhaha des quelques matelots fraîchement débarqués couvrait le cling-clong de la vieille comptoise. D’un pas toujours aussi marqué, elle se dirigeait vers une table, tout près du vieux piano que les habitués appelaient on ne sait trop pourquoi le piano éléphant, et sur lequel un homme d’âge mur frappait les touches en baragouinant un air anglais disant « I wish you’ll never be in my shoes »...

Un vieux moussaillon et le patron aux cheveux noirs avaient regardé la frêle perle de pluie se perdre dans ce lieux insolite et sordide. Le marin prit un air étonné ; l’autre lui conta la triste histoire de la jeune fille de l’océan.

Il lui expliqua la rencontre un jour de mai avec le beau matelot, leur amour immédiat, leur promesse de ne jamais se perdre… Il lui raconta qu’Elise et Andy, puisque c’était leur nom, avaient scellé leur amour en gravant leur initiales dans l’arbre-coeur, symbole des amours de ce pays.

Mais qu’un jour froid de l’hiver suivant, le bel ami dû reprendre la mer, et que tous se souvenaient l’avoir entendu dire à son aimée « Je pars mais je reviendrai, et à mon retour de Merzouga, je t’épouserai, je te le promets ».

Malheureusement… les nouvelles qui suivirent furent sombres, et le bateau ne revint jamais au port.

Elise attendait donc ici, depuis des mois, des années peut-être, le temps était si long. Elle attendait le voyageur de son coeur, ne désespérant pas voir son voilier accoster un jour nouveau.

Bientôt le tenancier allait voir celle qu’il connaissait maintenant bien, en lui disant qu’elle devait retourner chez elle, et que de passer ce triste troisième anniversaire sans lui serait plus dur ici… Le regard doux et triste, elle levait la tête vers lui en lui soufflant : « C’est quand, déjà ? ».

Un jour, Elise ne revint plus. Et à la veille de cette absence, on avait trouvé un mot sur la table près du piano. Un mot qui disait « Ami, reviens me voir près de notre arbre, j’y serai tout au pied ». Mais ce n’était pas à son pied qu’elle était.

Mon commentaire : 1er ex-aequo avec Moleisland pour la même fin tragique, des descriptions qui mettent tout de suite l'ambiance, j'ai adoré l'idée de graver les coeurs sur "l'arbre coeur". Intervalle entre les mots respecté.

N°2 : L'histoire de Joule


Il y a bien longtemps, dans les sombres rues enneigées d’un village perdu au fin fond de la province de Merzouga, Océane, petite fille blonde toute décoiffée, les vêtements en lambeaux, erre à la recherche de son petit frère Andy qu’elle a perdu la veille.
Orphelins depuis quelques mois, pour survivre, ces enfants de 10 et 7 ans arpentent les rues à la recherche de poubelles pouvant contenir des restes de pain rassis, d’os pas complètement rongés, de fruits et légumes pourris…toute cette nourriture jetée négligemment mais qui leur est si précieuse…
Tout le monde au village connaît ces enfants clochards, tout le monde connaît leur situation mais personne ne veut se donner la peine de s’occuper d’eux.
Un jour, un dénommé Léo leur a offert un vrai repas dans un grand restaurant: le
Piano Éléphant. Étant toujours en vadrouille, on a surnommé cet homme au village "le voyageur", bien que lui aurait trouvé plus cadré avec la réalité qu’on le surnomme "le marin", seulement, personne ne sait qu’il navigue et que son voilier « In My Shoes » est amarré au port de Cocomoto à deux lieues de là. Sachant très bien qu’ils étaient frère et sœur, Léo ne pouvait s’empêcher d’appeler les enfants les amoureux, il était vraiment un drôle d’oiseau
!
Océane pense à cet homme. Elle aurait tant voulu qu’il soit au village en ce moment pour l’aider à retrouver son petit frère…si fort elle pense «
Ami, reviens me voir
… ». La petite Océane continue de sillonner les environs à la recherche de son petit bonhomme de frère mystérieusement disparu. Il ne s’est pourtant rien passé d’anormal…Elle s’est juste réveillée hier sans qu’il soit à ses côtés.
Des heures durant, dans ce village devenu étrangement désert, elle demande aux rares passants s’ils n’ont pas aperçu son frère, et toutes les réponses sont bien sûr négatives ! De désespoir, elle finit par s’écrouler et se met à sangloter, assise dans la neige, devant le
Body Club
de Mr Ueizlam, sympathique petit homme à tête d’Irlandais. Elle pleure à chaudes larmes la pauvre petite, à en faire fondre la neige.
Petit à petit, elle entend des pas se rapprocher d’elle, de lourds pieds s’enfoncent jusqu’au sol à travers les 15 centimètres de neige. Elle lève la tête pour regarder celui qui vient de s’arrêter juste à côté d’elle mais le soleil à contre-jour l’empêche de le voir distinctement.

« Dis-moi, tu t’es disputée avec ton amoureux pour être seule et pleurer comme ça ? »

Au son de cette voix, Océane su que son cauchemar était presque terminé ! Léo arrivait comme tombé du ciel, pile quand elle en avait besoin, tel un ange gardien. « Bel ami ! Vous êtes de retour ! »

En quelques mots, elle lui expliqua ses malheurs, ses interminables heures à rechercher un garçon fantôme.

« C’est quand déjà la dernière fois que tu as vu ton frère ?

- C’était il y a deux jours quand nous nous sommes couchés dans la grange abandonnée au bout du village. J‘étais malade et lui s’occupait de moi. J’ai été réveillée le lendemain par une espèce de bruit bizarre, j’allais beaucoup mieux mais lui n’était plus là… »

En quelques mots, Léo lui raconta son dernier périple aquatique, comment son voilier a sombré, sa mort inattendue…

« Eh oui jeune fille, je suis mort ! Et je crois bien que toi aussi ! Le bruit qui t’aurait réveillée n’est en fait que le cling clong des morts ! C’est le bruit qu’on entend quand on change de rive. Quand on est vivant, on ne voit que des vivants, et quand on est mort, on ne voit que des morts… C’est mon oncle qui m’a tout expliqué ! Il est mort il y a des années, je l’ai revu le mois dernier! Toi, tu étais malade, tu n’as pas senti la fin arriver mais moi, sous l’eau, incapable de remonter à la surface, j’ai vraiment pu me dire « Je pars » !

- Je suis morte… Mais alors, je ne reverrai jamais mon frère…

- Non, mais tu peux retrouver tes parents !

- Ah mais c’est vrai ça ! Mais comment ? Ils peuvent être n’importe où !?

- Je dirais bien pour rire que tu as l’éternité devant toi mais je connais un moyen ! Il existerait selon la légende, un arbre qu’on appellerait "l’Arbre Cœur". C’est un arbre magique qui aurait la capacité de t’emmener là où tu le souhaites. Tu te places dans l’énorme trou en forme de cœur de cet arbre et tu voyages là où ton cœur désire aller! Je vais t’y emmener, allez viens… »

Mon commentaire : une histoire fantastique où la mort n'est pas citée tragiquement mais tout en douceur, un clin d'oeil à Mathias, Léo pourrait même faire penser à son "Giant Jack"et même bien joué d'avoir inclus "Drôle d'oiseau", que je n'avais pas cité

N°3 : "Evasion magique" l'histoire de Hazel

Une envie folle de partir. Un désir fou d’évasion. Maudite fièvre… La mélancolie me guette. Il faut que je guérisse. J’ai soif de vie. Je veux VIIIIIIIIIIVRE !...

Je pars.

Je m’en vais.

Ce soir…

Mon oncle vit dans un pays extraordinaire. Enfin, je n’en sais trop rien. Il me l’a conté petite. Il a tout laissé tomber pour aller vivre là-bas, dans ce pays où il fait chaud en hiver…

Mon hiver a trop duré…

Après des jours de marche acharnée, j’aperçois les dunes de Merzouga, le paradis tant attendu. Je suis toute petite. Un désert immense… Mais je n’ai peur de rien ! Un grand éléphant sans défense, habillé de merveilles s’approche de moi : « Dis-moi petite, es-tu perdue ? ». « Je cherche mon destin monsieur ». « Monte sur moi ! » me lance-t-il.

Il me parle ! Quoi de plus normal puisque c’est un Piano éléphant ! A chacun de ses pas, une note retentit. Le naturel balancement de mes hanches sur le voyageur d’éléphant provoque cette pluie de notes. Mes chaussures aussi. Cling Clong ! font-elles sur les beaux habits de lumière de l’éléphant roi. Quelle belle musique, quel merveilleux voyage ! « Cette musique est la tienne, petite. Ton destin à toi. Réalise-le ! ». Sur ces paroles magiques, je quitte mon ami l’éléphant : "Ami, reviens me voir", lui glissé-je.

Je continue le chemin, seule, en chanson : « In my shoes, I have the hope, the love I have in my shoes… ». Sous un arbre fleuri au milieu du sable, les amoureux s’entrelacent et se délassent. C’est l'arbre coeur ! Joli présage…

La ville m’ouvre ses bras. Je cherche un peu de réconfort. J’entre dans le "Body Club". Les gens s’y cherchent. Je cherche… « C'est quand déjà que nous partons tous les deux ? » me surprend le marin. Je le regarde droit dans les yeux : «Bel ami, c’est toi que j’attendais. Amène-moi. J’ai besoin de toi. ». « Je suis Andy. Mon bateau t’a toujours attendue…Il savait. Cocomoto, un bateau magique… ».


Mon commentaire : enfin une histoire sans mort ! Une fin "positive" quand même ! Un côté "petit prince" avec l'éléphant qui parle, une histoire pour petits et grands

Avant tout...

Chers auteurs , comme vous pourrez le constater, j'ai mis la même police pour toutes vos histoires, je les ai "justifiées" (même longueur de ligne), je me suis permis de faire des sauts de lignes pour certaines d'entre elles, et enfin, j'ai corrigé certaines fautes que j'ai vues ici et là. [pour les paragraphes, n'hésitez pas à me demander par mail, par MP ou en privé sur mon myspace si vous souhaitez qu'ils soient disposés de façon différente]
J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, j'ai fait cela dans un souci de neutralité et de clarté pour les lecteurs.
Chers lecteurs, j'espère aussi que ceux d'entre vous qui auriez souhaité voir finalement le choix de la forme par les auteurs comprendront ma décision.

D'autre part, je compte sur tout le monde pour laisser essentiellement des commentaires positifs, d'encouragement, sur le forum Babet, pour les histoires non gagnantes, et également de respecter mon palmarès, c'est-à-dire que je ne dois pas lire par exemple des messages tels que "cette histoire aurait mérité de gagner".

Si vous avez des questions à me poser, c'est sur le forum Babet.

Merci !

Bonne lecture ! Et bravo encore d'avoir relevé le défi !

J'espère très sincèrement refaire un nouveau concours d'écriture avec le prochain album de Babet, si prochain il y a, et cette fois, je ferai un règlement beaucoup plus clair, net et concis, que tout le monde pourra et devra scrupuleusement suivre :D

L'histoire de Anonyme

Mon oncle me surnomme "L'arbre coeur" à cause de tous les amoureux que j'ai eus. Il y en a eu de toutes sortes, mais on se lasse vite, et on en aime un autre... Cependant, il y en au un qui se démarque des autres, le seul qui reste réellement gravé dans mon coeur, c'est Andy, le marin, le voyageur, celui qui m'a dit "Je pars", quand je m'y attendais le moins. Celqui que j'attends, en écoutant le Cling Clong de l'horloge qui me rappelle le temps qui passe depuis notre dernier baiser furtif. En effet, son départ fut soudain, inattendu, sur le port où nous nous retrouvions habituellement. Il m'a annoncé son départ sans la moindre étincelle de chagrin dans les yeux, comme s'il me décrivait le temps. J'ai versé quelques larmes discrètement, et il est monté sur son bateau gris, le "In my shoes". Je suis même restée sur le quai jusqu'au soir pour assister au départ...

C'est quand déjà, que tu m'as dit être de retour ? Dans un an, deux ans ? Ami reviens me voir... Pourquoi un si long voyage ? Dis-moi quelque chose de là où tu es... Je n'en peux plus de t'attendre, l'absence est si dure, bel ami...

J'en deviens folle à croiser un piano éléphant en tutu dans la rue en direction du Body Club. J'en deviens folle à ne plus rien comprendre de ce que me disent les gens autour de moi. "Merzouga cocomoto !" m'a geulé un passant en ville. J'en deviens folle à voir ton visage partout, dans les vitrines, sur les vêtements de citadins, sur les ombres du macadam. J'en deviens folle à perdre le sens de la saveur, à ne plus dormir à force d'entendre des voix...

Quand me reviendras-tu ?

L'histoire de Cactus (prix "challenger")

Mon oncle m’a raconté une petite histoire. Au fait, il s’appelle Andy, mais c’est juste pour être précis. Voici ce qu’il m’a raconté :

Il était une fois un petit garçon qui s’appelait Cocomoto mais tout le monde l’appelait Coco. Il habitait à Merzouga, au dessus d’un antiquaire, avec sa maman et le bel ami de celle-ci. C’était les amoureux de l’immeuble.

Il rêvait de voyager, d’être LE voyageur et était fasciné par le marin qui habitait dans la rue. Seulement voilà, il était en mer et Coco n’avait plus eu l’occasion d’entendre ses histoires depuis longtemps. La dernière fois…c’est quand déjà ? Il ne s’en souvenait même plus. Et, entre sa mère qui l’aimait mais était très occupée et le cling-clong de l’horloge du salon, il s’embêtait souvent. Il descendait alors pour parler avec le vieux monsieur qui tenait le magasin d’antiquités et qui était très marrant avec les enfants. Coco arriva alors que l’homme commençait à fermer.

« Hey Coco ! Dis-moi, quoi de neuf aujourd’hui ? » jeta-t-il au petit garçon le voyant arriver.

Coco lui expliquait alors à quel point il s’ennuyait et qu’il rêvait de voyage en tous genres.

« Ecoute Coco» lui lança-t-il. «Tu es encore trop jeune pour voyager mais tu es suffisamment grand et de confiance pour que je te révèle quelque chose… »

Coco pensait alors que c’était encore une de ses blagues mais l’homme semblait très sérieux, pour une fois.

« J’ai un piano derrière mais c’est un piano magique ! Un piano éléphant ! »

Coco pouffa mais l’homme continua, tout sérieux : « J’ai récupéré ce piano au Body Club –(vieille discothèque abandonnée, qui avait la réputation d’être hantée)- il y a quelques années. Il est très spécial et quand tu te mets à jouer la chanson « In my shoes », il se transforme en éléphant !... » Coco le regarda en se disant que le pauvre vieux avait vraiment pété les plombs, mais l’homme lui expliqua :

« …Et cet éléphant t’emmène alors où tu veux, avec ses grandes pattes ! ». Coco, marchant dans le jeu, dit : « Mais je ne sais pas jouer, moi ! ». L’homme lui rétorqua alors : « Ne t’inquiète pas, sur celui-là, tu sauras ».

De fait, il se retrouva dans la pièce de derrière, devant le piano avec la partition de la fameuse chanson. A son grand étonnement, à peine installé, il se mit à jouer comme s’il l’avait toujours fait…

Mais le plus dingue, c’est que le piano se transforma effectivement en éléphant ! Et, une fois sur son dos, il pouvait, en effet, se retrouver où il voulait !

Depuis, il était quasiment tous les soirs chez l’antiquaire et n’attendait plus qu’une seule chose : Etre plus grand pour aller vérifier si les lieux visités à dos de ce drôle d’éléphant existaient vraiment.

Et essayer de trouver quelle personne extraordinaire avait pu composer cette chanson…magique !

Voilà, à vous d’inventer une suite, moi, je pars ;-)

Ma remarque : beaucoup de fraîcheur, de légèreté, et une fin très originale et rigolote !

L'histoire de Cepheis (prix "challenger")

« Cling Clong, le son de l’horloge / Ding Dong, le son de la cloche / King Kong, le gorille qui passe / Ping Pong, le sport qui m’agace ».

"Oh ça, c’est rien, c’est sa façon de se présenter. En fait, il s’appelle Andy. Vous savez, mon cousin il est autiste, alors il faut le laisser faire et tout se passera bien. Normalement, c’est mon oncle qui s’en occupe mais là, comme il travaille, c’est moi qui l’ai amené vous voir. Tout à l’heure, il est rentré comme un fou à la maison en criant qu’il avait vu quelque chose de grave et il s’est prostré dans la cuisine. Alors chez nous, comme on a un ordinateur avec des logiciels d’aide à l’expression pour enfants différents – ça s’appelle « In my shoes», c’est des Américains qui ont inventé ça, je crois - c’est ma maman qui a ça car elle est orthophoniste ; et donc, comme on a ça chez nous, je l’ai mis devant l’ordinateur et ça l’a aidé à s’exprimer.

- Et dis-moi alors, qu’est ce qu’il a vu ?

- Et ben, d’après ce qu’il m’a expliqué, il était avec sa nounou et ils sortaient du cinéma qu’il y a sur le boulevard près du port. Il y avait beaucoup de voitures parce qu’en fait, il y avait des camions du cirque qui bloquaient la route. Enfin plutôt, ils étaient bloqués par des déménageurs qui n’arrivaient pas à tout monter chez une bourgeoise. Enfin bref, il y avait du monde."

" Et puis aussi, il y avait une dame et un monsieur qui se faisaient des bisous à côté de tout ça. Il m’a dit que la dame était une femme-fleur et qu’elle sentait bon le lys et le lilas. Et après, le monsieur pour faire le malin, il a ouvert la porte d’un des camions du cirque. Mais quand ils ont vu ce qui se passait, les amoureux, ils sont partis en courant.

- Dis, c'est quand déjà qu’on s’en va d’ici ?

- Bientôt, attends un peu, ça va plus être très long. Je finis d'expliquer ce que t'as vu au monsieur.

- Et après ??

- Bah après, mon cousin, il a du mal à exprimer clairement ce qui s’est passé. Il y a une grosse moto rouge qui est passée à fond – il l’appelle cocomoto, rapport à la couleur des communistes ; c’est quand même étrange comme maladie l’autisme, non ?? – et après qu’elle a été passée, c’est là qu’il s’est passé quelque chose de grave. Mais il arrive pas à m’en dire plus. Voilà, c’est tout.

- Bien, merci pour ton aide. Au revoir petit.

- Au revoir, Monsieur."

"Au fait, dites-moi Capitaine, je suis l’assureur de la société Déména+ et j’espère que vous allez me trouver un autre témoignage que celui d’un enfant autiste !

- Ecoutez, on fait de notre possible. On reçoit tout à l’heure le marin qui a vu la scène en retournant à son bateau.

- Ok. Moi, je pars pour Paris demain matin donc je veux avoir une réponse claire d’ici là.

- Pas de problème, on s’en occupe."

" Alors, Mr Scoraleatti, expliquez-moi ce que vous avez vu.

- D’abord, avant de vous expliquer ce que j’ai vu, j’aimerais vous dire que je suis le voyageur de cette ville qui a vu le plus de choses dans sa vie, mais là, je vous jure, ça dépasse l’entendement.

- Oui peut-être, mais venons-en aux faits, s’il vous plaît.

- Un jour, à Merzouga, j’ai vu un troupeau de chèvres rentrer dans un hôtel et tout saccager mais c’était moins dangereux que ce que j’ai vu.

- Oui, aux faits, s’il vous plaît !!

- Alors voyez-vous, je sortais de ma salle de sport, le Body Club, qui se trouve entre le cinéma et le fleuriste « L'arbre Coeur» et j’allais retourner à mon bateau Le Bel ami amarré à côté de là. Il y avait un bordel sans nom sur le boulevard. Des camions et des voitures dans tous les sens. Il y avait même des animaux qui étaient sortis de leur remorque.

Et c’est là qu’un gamin passe à côté de moi et me vole mon portefeuille. Je lui dis « Hep là, mon ami, reviens me voir ! Où tu vas là comme ça ? Rends moi ce que tu m’as chipé ! »

Mais ce petit malotru s’est enfui et il est parti se mêler aux animaux. Et pour m’empêcher de le rejoindre, il a tiré la queue de tous les animaux qu’il trouvait. Logiquement, ça les a excités et il a profité de la panique pour disparaître. Il y a même un motard qui a failli percuter un éléphant.

Et c’est là que le drame est arrivé. Les déménageurs étaient en train de monter un Pleyel au sixième étage d’un immeuble, et, déboussolé par le gamin et la moto, le pachyderme s’est mis à courir et à s’énerver contre la nacelle des déménageurs. Il l’a secoué, il l’a secoué, et c’est comme ça que le match piano-éléphant s’est soldé par la défaite de l’instrument… qui a fini en miettes au pied du camion."

" Voilà l’histoire Capitaine. Le positif de tout cela, c’est que j’ai récupéré mon portefeuille que le gamin avait perdu dans la panique.

- Bien, Merci Mr Scoraleatti. Je vous remercie pour votre aide.

- De rien, à bientôt."

" Pffff, je crois qui moi maintenant ? L’italien arrogant ou l’enfant autiste ? Vous en pensez quoi Mlle la stagiaire ?

- Rien, je sais juste que Scoraleatti sort avec la fille de l’assureur ; elle est fleuriste sur le port."

Ma remarque : original de faire dialoguer des personnages !

L'histoire de Fée brile

"Je pars." C'est ce que tu m'as dit un matin, alors que je faisais la vaisselle. "J'ai envie de voir d'autres choses, j'ai besoin... Je dois partir." Et c'est ce que tu as fait.

Pendant plusieurs années, je n'ai eu comme preuve de ton existence que ces lettres que tu m'envoyais d'un peu partout. Des lettres pleines de terre, pleine de rêves, que tu finissais toujours par "je t'aime pour toujours". J'écrivais des réponses et puis je les rangeais car je ne savais où les adresser. Dis-moi, les parcourras-tu un jour ou auras-tu peur d'y lire des reproches remplis de tristesse ?

C'est vrai qu'au début c'était dur. Tu me manquais Andy. Finalement, tu prenais de la place dans mon monde, je m'en rendais compte en voyant à quel point 35 m pouvaient être vides, énormes. J'avais acheté un piano éléphant, tu sais, un de ceux qui trompent l'ennui, pour avoir moins cette impression d'espace. Oui à cet instant, j'avais peur de l'espace. Je ne sais pas pourquoi. Je n'en aurais pas eu peur si j'avais été avec toi à Merzouga, perdue dans ses immenses dunes de sable. J'étais aussi un peu jalouse. Avant nous étions les amoureux, les inséparables, comme si tout se complétait. Là, tu avais décidé de vivre toutes ces choses merveilleuses, sans moi? Moi qui restais ici, avec tous les soucis, l'appartement, la famille, le jugement incessant des autres. Je t'en ai voulu même si je te comprenais et c'est pour ça que je ne t'ai pas attendu. Ca m'aurait tuée. Mon coeur, déjà, se tordait le soir, cling clong, des douleurs étranges, comme s'il était un arbre, un arbre coeur qui se desséchait et devenait poussière si je respirais une fois de trop. Je ne suis pas une de ces femmes qui ne font qu'attendre. Je rêvais moi aussi, mon imagination non plus n'avait pas de barrières - comme tu aimais le dire - pas de sens, pas de règles. Et là, j'étais piégée. T'aimer voulait dire t'attendre. T'aimer voulait aussi dire continuer à vivre. Je n'avais pas la force de faire les deux avec conviction. Je suis partie aussi, à ma façon.

C'est justement à cette époque que mon oncle est revenu en ville, ouvrir son magasin de chaussures « (I feel good) In my shoes ». Je l'ai aidé pour la boutique. J'ai changé d'air. C'est comme si j'avais voyagé alors que j'étais toujours sur place. Je me suis amusée de nouveau. J'ai fait ami ami avec une des clientes et nous sommes souvent sorties au restaurant ou au Body Club. Ce fut d'ailleurs à ce dernier que j'ai rencontré celui qu'on appelait le marin car il était écrivain et donc faisait couler beaucoup d'encre. Un homme si grand, il fallait que je lève la tête bien haut pour voir ses yeux noirs. Comme quand on veut regarder la lunte. Et, si toi tu étais le soleil, celui qui brûle le coeur, lui était bien la lune. Avec lui, tout était... serein. Je n'avais pas systématiquement peur. Il n'y avait pas non plus cette notion d'attendre l'autre et de renoncer à quelque chose. Mon bel ami était près de moi, mais ne prenait pas plus de place que mon piano éléphant (sur lequel il jouait divinement, d'ailleurs. Ne sois pas jaloux, il ne savait toutefois absolument pas chanter). C'est au Cocomoto qu'il m'a demandée en mariage. Il a beaucoup souffert de mon refus. Je crois qu'il avait compris qu'inconsciemment je t'attendais malgré tout, et qu'il m'était encore impossible de laisser quelqu'un utiliser ta place dans mon petit coeur. Il s'était tatoué de ton nom. Indélébile. Débile peut-être aussi, un peu.

Andy, c'est quand déjà la dernière fois qu'on a été heureux ? Est-ce qu'au moins on l'a été ensemble ? J'ai si peur d'avoir oublié. De ne me souvenir que de ton départ. Je ne veux pas que tu restes un souvenir amer. Le voyageur, mon voyageur. J'attends, j'attends encore, ami reviens me voir, j'appréhende et m'impatiente encore, dépêche-toi, je suis si fatiguée. Je t'aime pour toujours.

L'histoire de Moiaurelie

Andy,

Je te laisse une lettre, la seule et la plus importante que je ne t'aie écrite.
Les questions tourbillonnent dans ma tête depuis trois ans déjà, mais tu n'as rien remarqué.
Dis-moi, c'est quand déjà le jour où tu m'as dit que tu m'aimais ?
Ce soir, je me souviens.
Tu étais le voyageur que j'ai rencontré, la nuit de mon premier concert au Body club.
J'y jouais avec mon groupe, Cocomoto.
J'y avais même apporté mon piano éléphant, cet énorme instrument gris et blanc.
Mon coeur a fait Cling-Clong quand je t'ai aperçu !
J'ai immédiatement décidé de suivre le marin que tu étais, même s'il fallait partir au bout du monde.
Partout où on allait, on nous appelait "les amoureux" !
Mais, à mon grand regret, tu ne m'as jamais dit que tu m'aimais...
Tandis que tu vivras toujours dans les étoiles, je reste in my shoes, sans toi.
Aujourd'hui, je pars rejoindre mon oncle à Merzouga.
Notre histoire se termine donc là.
Mais sache que tu seras toujours, à mes yeux, mon bel ami.

"Le nid déserté", l'histoire de Nicolas

C'est une histoire qui aurait pu commencer par « Il était une fois » comme dans les contes de fée et autres comptines pour les petits. Cette fois-ci, la fin de l'histoire n'est pas ce qu'on espérait. Mais laissez-moi vous narrer le début, parce que tout commence par le commencement...

Voici le récit de notre personnage, Andy. Il ne s'agit pas de l'inspiration de la célèbre chanson du même nom. Il s'agit d'une personne réservée, timide, qui a soif de découvertes et d'aventures. Ça lui a pris comme ça. Un matin, il s'est dit : « Marre de la routine ! Demain, je pars ! »

Il parcourut tous les horizons et tenta de s'intéresser à toutes les cultures. Il visita le village de Merzouga et fit la traversée du désert à bord d'un des bolides de l'entreprise « Cocomoto », dont le patron « Coco » lui avait offert un lit et un dîner. Il passa une dizaine de jours inoubliables. La séparation fut évidemment difficile et Coco lui fit une proposition: « Ami reviens me voir, un jour ». Il lui a promis qu'il lui rendrait visite dans son pays à son tour. Après cette émouvante séparation, Andy embarqua pour le continent de la ruée vers l'or, des Rocheuses et du Mississipi : Les États-Unis. Il emprunta un bateau de croisière où il rencontra le marin qui était chargé de l'accueil des passagers. Il lui fit d'ailleurs faire un tour du bâtiment. Il remarqua notamment la boîte de nuit aux néons argentés du paquebot : le « Body Club ». Une fois arrivé en Amérique, il visita quelques boîtes de jazz et de blues : le « Piano éléphant », le « In my shoes » ou encore le « Cling Clong ». Le voyageur qu'il était l'appela à repartir vers de nouveaux horizons. Vers le pays du Soleil levant cette fois.

Il fit la rencontre d'un vieux sage chinois – avec l'aide d'un traducteur – qui lui raconta l'histoire de l'arbre cœur. Un homme et une femme, venus de deux contrées rivales, s'étaient rejoints sous un arbre situé juste entre les deux terres. Celui-ci avait un tronc qui se séparait en deux parties puis qui se rejoignait ensuite. Cela leur fit penser immédiatement à un coeur. Ils décidèrent de le nommer ainsi et d'y graver leur marque sur ce tronc si particulier: « Ici se sont aimés les amoureux du yin et du yang réunis sous le symbole de la prospérité et de la grâce. » Le traducteur interrompit le moment de rêverie de Andy :

« Dis-moi, bel ami, mon oncle t'a envoyé dans une autre galaxie ? Aurais-tu la tête ailleurs ?
- Un peu ! C'est une bien belle histoire ! J'ai vu tellement de choses pendant mes voyages que je me demandais simplement « C'est quand déjà la dernière fois que j'ai aimé comme ça ? »...»

L'histoire de Ouistitiii

Il était une fois, Babet au pays des merveilles.
"Oh oui, je pars sur mon piano éléphant", elle espérait tomber pil poil sur son arbre coeur que son bel ami de john lui avait fabriqué. Elle avait envie de jouer avec le voyageur et Andy, et partir loin très loin en terre de Wits, en terre de Dave et Diemens, en terre d'Arsene, peut-être même en terre de Papous.
C'est alors que les amoureux se rendirent compte qu'ils n'avaient pas le marin pour conduire la cocomoto de mon oncle ; alors impossible mais alors impossible de partir du Merzouga surtout in my shoes boueuses. C'est là que mon ami revient me voir pour danser sur son body club et me demander : " Dis-moi c'est quand déjà le dernier cling clong, euh King Kong qu'on a vu ensemble au cinéma ???"

L'histoire de Pierro

Il était une fois, à Saint-Malo, un marin et un vieux bateau.

Le bateau était fait d’un bois qui épousait toutes les formes possibles et inimaginables qu’on l’appelait L’arbre cœur. Le navire du marin pouvait alors affronter toutes les situations sans se soucier du mauvais temps qui pouvait lui faire visiter gratuitement les fonds marins. Ses amis l’appelaient le voyageur comme s’il n’était qu’un vulgaire alpiniste, tentant d’escalader pour la énième fois la petite colline perdue au fin fond de la forêt amazonienne en compagnie de son chat Merzouga qui portait le nom de la fameuse guimauve dont les enfants raffolaient mais le marin n’aimait pas se faire appeler ainsi, c’était très insultant pour lui, il trouvait ça d’une vulgarité sans fin puisqu’il se sentait marin des pieds jusqu’au dernier cheveu du crâne. Le seul inconvénient c’était qu’il ne savait pas nager. Ainsi, son bateau lui était donc d’une grande utilité quand on sait dans quel bois il est façonné.

Sur un coup de tête notre marin décida de partir faire le tour du monde sans escale, il l’avait déclaré à ses amis par une simple formule de deux mots : « Je pars ». Cette décision était un point de départ et d’arrivée mais les régates dominicales auxquelles notre marin s’adonnait n’avaient sans doute rien à voir avec ce que lui réservait son entreprise mais il avait énormément confiance en son bateau qui n’était pas le Manuréva d’Alain Colas, il n’y avait donc aucun risque de ce côté-là.

Deux mois plus tard le grand jour du départ était enfin arrivé. Tous les amis du navigateur étaient présents pour lui dire un au revoir. Mais avant de partir notre marin (qu’on appellera Henry) fit un discours simple et sobre tenant sur un post-It. Quelques mots griffonnés sur le papier, ça ressemblait plus à un code entre amis qu’autre chose. On pouvait y lire : Andy en hommage à son ami décédé il y a trois ans, Bel ami et les amoureux. Ces deux derniers tirets étaient destinés aux mêmes personnes, le couple d’amoureux qui avait aidé Henry à porter son paquetage sur son voilier.

C’était l’heure de dire au revoir à toute cette joyeuse compagnie venue lui faire un énorme câlin pour lui donner du courage. Henry essuya une larme qui coulait sur sa joue, sa tristesse se ressentait au plus profond de lui-même, son cœur dégoulinait de sueur à l’idée de devoir tanguer vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Le bateau démarra et s’échappa alors un Cling Clong en guise d’adieu et passa devant l’île d’Ouessant.

Trois années plus tard, Henry passa pour la seconde fois l’île d’Ouessant mais dans le sens du retour, la ville des corsaires n’était alors plus très loin. En trois années sa barbe avait fait le tour de sa tête une dizaine de fois et son chat n’avait plus que ses yeux pour se morfondre. Henry n’avait rencontré aucun problème durant son périple. Personne n’était au courant de son retour, c’était donc seul qu’il remettait le pied sur la terre ferme non loin de Saint-Malo, il avait un peu le vertige. Il prononça sa première parole, une sobre phrase qui venait du fond du cœur : « Ami reviens me voir ». Son ami, c’était son oncle qui n’était pas là le jour de son départ, il l’aimait du plus profond de lui-même, une seconde phrase s’échappa de la bise bretonne : « Mon oncle, je veux aller dans ce bistrot où l’on allait boire des diabolos fraise les dimanches matins ».

Ce bistrot c’était le Body club et c’était certainement là que se trouvait l’oncle en question parce que le jour du départ d’Henry c’était un dimanche et qu’il avait oublié d’aller boire son diabolo fraise. Dans ce bar il y avait un juke box qui passait souvent des grands classiques des années 50, Henry adorait ce genre de musique mais ça faisait trois ans qu’il n’en n’avait plus entendu.
Echoué sur la plage, Henry décida de rentrer sur Saint-Malo avec son vieux bateau et son chat. Il rentra dans le port et une personne l’attendait sur la berge, c’était son oncle qui avait entendu la voix d’Henry rapportée par le vent. L’oncle s’empressa de dire à Henry : « Dis-moi, pourquoi n’es-tu pas venu boire ton diabolo fraise la dernière fois ? Il t’attend depuis trois ans sur la table numéro 15, va le boire, il va refroidir. » Henry dit à son tour : « C’est quand déjà que je suis parti ? » Trois années venaient de s’écouler, l’oncle ne disait rien.

Henry et l’oncle se rendirent dans leur bistrot préféré qui avait changé de patron mais pas de nom et son diabolo l’attendait à la table numéro 15 malheureusement il servait de piscine à des mouches et Henry voulut boire un diabolo menthe, il s’était dit que ça le changerait de la fraise. L’oncle ne parlait pas beaucoup et Henry non plus d’ailleurs, comme en témoignait son discours de trois pages d’il y a trois ans. C’était un véritable dialogue de sourds entre l’oncle et Henry qui étaient in my shoes et qui somnolaient un peu. Dans leur langage c’était faire Piano éléphant, c’est-à-dire de chercher le dialogue sans y arriver. Dans ce silence insurmontable on entendit résonner un seul mot : Cocomoto. Le chat venait de sortir son premier mot d’importance, c’était son surnom.

"Quel drôle d'oiseau", l'histoire de Soe_V (prix "challenger")

Le voyageur est passé dans ma vie par une fraîche nuit de décembre.

Sur le quai, les amoureux regardaient le marin s’éloigner ; sa lampe tempête oscillait au rythme du vent résonnant dans les haubans ‘Cling – Clong’.

« C’est quand déjà qu’il doit prendre la mer ? » les entendis-je murmurer juste avant qu’il ne bifurque dans une ruelle sombre et étroite.

Hésitant, il regarda dans ma direction, puis il entra au Piano Eléphant. Du fond de la salle sombre et enfumée, s’éleva une voix un peu rauque :

« Eh dis-moi » le héla la patronne Cocomoto, « alors, Andy, mon Bel Ami, où vas-tu comme ça hein ? »

« Mon oncle m’envoie par-delà les mers, pour faire le tour de moi-même et rencontrer des âmes… il veut que je me sente ‘In my shoes’ à mon retour… Il veut me faire découvrir un Body Club à Merzouga, me faire passer de bras en bras, de port en port… Alors voilà, je pars le cœur lourd… Mais avec le printemps je reviendrai, pour voir renaître à la vie ma douce colombe… ma Babet… je ne peux vivre sans elle au Pays des Merveilles et je l’épouserai au pied de l’Arbre Cœur. »

« A la fin du voyage, ami reviens me voir. J’aimerais tant écouter toutes tes belles histoires. Elle t’attendra ta douce, celle que tu aimes tant ! Et sa voix de sirène te guidera par son chant. Tu libéreras les mots prisonniers de tes nasses, mi ré fa sol si do, un accord, une grimace, un sourire et voilà une jolie chanson, naîtra de son amour pour toi par son tendre violon. »…

Ainsi Cocomoto salua son ami.

Dans les yeux du marin brillaient des larmes d’amour, et sur le port la nuit s’abandonnait au jour.

Remarque : Soe a été la seule à prendre les titres dans l'ordre, joli challenge !

L'histoire de Vivie

Andy,

Mon bel ami, je ne sais par où commencer. Nous nous sommes rencontrés et une belle amitié, complicité … peu importe comment tu pourrais ou tu voudrais l'appeler … est née. Je t'ai affectionné, et réciproquement, j'ai pensé.

Tu m'as lancé lors d'une matinée "Je rentre à Merzouga, je t'écrirai, j'y penserai."

Tu es parti faire le voyageur sans billet pour rentrer.

J'étais à des années de me douter...

J'ai commencé à rédiger des billets pour toi sur mon piano-éléphant, je me suis laissé porter par tes pamphlets, tes épopées et je sentais ...

Je sentais ce qu'on appelait ... ce que tu appelais, l'arbre coeur germer, pousser, grandir, s'épanouir et fleurir. J'entendais de jolis Cling Clong dès que je recevais des courriers qui m’étaient adressés.

Tu me surnommais Cocomoto … tu n’as jamais daigné m’expliquer, mais tu disais : « Si ça te fait rigoler, c’est que j’ai gagné ». Tu écrivais en anglais des versets pensés : « In my shoes there are some blues about you »

Oui, j’ai vibré à penser …

Et, j'ai posé mon coeur sur du papier.

Je ne pouvais plus supporter ces paroles distancées, j’allais imploser. Mon oncle, le marin de ce voilier nommé le Body Club, partait pour tes contrées. Je l’ai supplié de m’embarquer. J’ai vogué à ses côtés, j’ai imaginé à tes côtés …

Je suis arrivée, j’ai débarqué dans cette vallée. J’ai visité tout ce que tu me décrivais, tu en parlais avec gaieté, honnêteté et virtuosité. J’ai observé, noté, dessiné ce que tu aimais.

Cette place pavée bleutée, cette fontaine illuminée, et les amoureux enlacés …

Mais …

C’était …

Je t’ai donc croisé, de loin, très loin. Tu n’étais plus dans mon été, mais au pied d’une autre pensée qui fleurissait à tes côtés.

Je t'ai crié :

"Dis-moi c'est quand déjà la dernière fois que tu m'as aimée ?"

Silence .

Je pars.

Je me suis fracassée sur les pavés.

Et j’ai pleuré.

Ami reviens me voir si tu le veux, si tu le peux.

J'ai tout cela à te confier.

Et moi aussi....

Petite surprise !

Je vous présente ma propre histoire, que le fait d'avoir écrite m'a donné l'idée du concours ! Il est sur mon blog personnel : le lien en cliquant sur le titre "Et moi aussi..."

J'attends bien sûr vos commentaires !